La slammeuse Marjolaine Beauchamp - Photo : Hélène Choquette - Copyright : ONF
Quand nous lui avons demandé si la crise économique était un sujet d’inspiration pour elle, Marjolaine Beauchamp s’est empressée de nous répondre qu’elle avait l’impression de vivre dans une crise perpétuelle. À 27 ans, cette artiste engagée partage son temps entre l’éducation de son enfant, mille et un petits boulots pour survivre et l’écriture de sa poésie. Pour marquer la réalisation de notre 100ème média, nous souhaitions réaliser un essai alliant photographies et images vidéos librement inspiré d’un slam sur le thème de la crise, signé Marjolaine Beauchamp.
Vendredi 12 février, jour de tournage.
8h dans un café de la rue Mont-Royal, Montréal.
Marjolaine me laisse un message sur ma boîte vocale. Elle s’est traînée les pieds au Festival Voix d’Amérique hier soir et sera en retard de quelques minutes. En attendant, je relis le texte et parle avec André Boisvert, preneur de son et complice, du modus operandi de la journée.
8h45 Marjolaine entre dans le café un peu poquée de la vieille. Elle le sait bien et trouve qu’après tout, son allure va avec l’esprit de son œuvre. Je lui demande de nous lire son texte une première fois. Il y a quelque chose de brut dans sa façon de déclamer qui me charme immédiatement. Sa voix est teintée d’une fine poussière qui la rend presque immatérielle. La journée s’annonce prometteuse!
9h15 Magasin Renaissance, boulevard Saint-Laurent, Montréal.
Nous arpentons les rangées de vêtements et de meubles usagés en quête d’inspiration. Marjolaine accepte volontiers de jouer les bandits à cravates et les “riches crosseurs” qu’elle dénonce si âprement dans son slam.
11h45 Soupe populaire de la Mission Bon Accueil, quartier Saint-Henri, Montréal.
Au milieu d’un groupe d’hommes en réinsertion sociale, ma caméra dérange. Annie Richer, notre recherchiste, s’évertue à expliquer la légitimité de notre démarche et de convaincre quelques résidents de participer. Pierre-Paul et Michel seront nos seuls, mais combien appréciés alliés. Michel accepte parce qu’il connaît ça, la pauvreté ; il a lui même travaillé quelque temps dans une soupe populaire et ne souhaite pas se cacher.
14h Siège social de l’ONF, chemin Côte-de-Liesse (loin de tout).
Studio improvisé, deux lampes et un lutrin. Nous sommes prêt à enregistrer la prestation de Marjolaine. Nous tournons avec ma caméra Canon 5D Mark II en très basse lumière. La profondeur de champ est à son minimum et je jubile à l’idée de la retrouver après tant d’années à tourner en vidéo où la profondeur de champ semble aussi infinie que le Cosmos.
17h30 Fin de journée.
Bien qu’il reste un immense travail à faire de concert avec le monteur Miguel Raymond, à voir le sourire exténué de Marjolaine qui ne songe maintenant qu’à aller dormir, j’ai la certitude d’avoir accompli quelque chose à l’image de cette jeune femme irrévérencieuse et combien inspirante. Merci Marjolaine d’avoir partagé un peu de tes entrailles avec nous!
Visionnez l’essai photo-vidéo ici: http://pib.onf.ca/photo-essai/1467/une-chance-quil-y-a-les-mots
Hélène Choquette, réalisatrice-coordonnatrice
©2009 Le blogue PIB / The GDP blog
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