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PIB - GDP

June 21st 2010 No Comments

L’entrevue PIB: Nancy Neamtan, du Chantier de l’économie sociale

Nancy Neamtan - Photo et copyright : ONF

Nancy Neamtan - Photo et copyright : ONF

Le projet PIB a rencontré Nancy Neamtan au Sommet pancanadien de l’économie citoyenne à Ottawa fin mai 2010. La présidente-directrice générale du Chantier de l’économie sociale nous parle des conditions pour faire grandir l’économie citoyenne et identifie des exemples de coopératives résilientes à la crise économique.

PIB : Votre site Web indique que « la principale mission du Chantier de l’économie sociale est de promouvoir l’économie sociale comme partie intégrante de la structure socio-économique du Québec et ce faisant, de faire reconnaître le caractère pluriel de l’économie ».

Quelles sont les conditions pour faire grandir l’économie sociale ?

Nancy Neamtan : Des conditions, il en a trois. Il s’agit de favoriser :

  1. L’accès des entreprises collectives à du capital. Ce capital doit être adapté à leur réalité. C’est uniquement ainsi que nous arrivons à créer un marché secondaire durable.
  2. L’accès de ces entités – qu’elles soient coopératives ou sans but lucratif – à des marchés. Nous au Chantier, justement, on y œuvre. Nous allons lancer un marché en ligne sous la bannière « Commerce solidaire Québec » dès l’automne 2010. Il existe déjà des modèles de marchés sur Internet. Nous allons raffiner ces modèles pour créer un espace de vente d’achat de produits et services provenant de l’économie sociale.
  3. La construction d’un mouvement. Seul un tel mouvement peut arriver à influencer l’élaboration de politiques publiques favorisant le développement de l’économie sociale. Nous participons à plusieurs collaborations pancanadiennes et internationales justement dans cette perspective.

Les nouvelles formes d’organisation, les politiques publiques appropriées et le financement adéquat se développent bien au Québec et en Amérique latine notamment.

PIB : La crise économique a entraîné les mises à pied de beaucoup de travailleurs. Pourriez-vous nous donner un exemple de coopérative ayant fait preuve de résilience ?

Nancy Neamtan : Vous savez, nous administrons un fonds de 53 millions $ en 2010 (avec la Fiducie du Chantier). Ce fonds sert à financer des entreprises coopératives ou sans but lucratif. Or, nos investissements sont restés stables. Nos investissements ont même augmenté et le niveau d’emploi aussi.

La plupart des projets d’économie sociale sont portés par les communautés dans lesquelles ils s’insèrent. Les Serres de Guyennes, en Abitibi-Témiscaminque, ont par exemple créé de l’emploi dans les deux dernières années. L’entreprise cultive des tomates et produit des arbres de reboisement, des concombres ainsi que des fleurs annuelles.

De nouvelles coopératives alimentaires ont vu le jour sur la Côte-Nord, des radios communautaires aussi, comme celle des Îles-de-la-Madeleine par exemple.

Ces exemples démontrent que ces gens qui entreprennent ensemble répondent à un besoin réel de leur communauté.

PIB : Vous avez été cofondatrice de Formétal, une entreprise montréalaise de réinsertion que nous suivons depuis plusieurs mois. Cela fait un certain temps que vous menez de front des projets d’économie sociale. Qui sont les leaders émergents aujourd’hui?

Nancy Neamtan : Cette question est embêtante. L’économie sociale c’est justement une économie à plusieurs mains, construite collectivement, pas uniquement par telle ou telle personne. Mais pour vous répondre, je donnerai deux exemples. Édith Cloutier, la présidente du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or bouge et mobilise le milieu autochtone non seulement dans sa région, mais dans tout le Québec. Éric Lefebvre, directeur le la radio communautaire CIBL, à Montréal, est aussi membre du comité exécutif du Chantier de l’économie sociale. Il dynamise notamment la participation des jeunes à ce secteur de l’économie.

PIB : Le Québec tire t-il mieux son épingle du jeu en termes de croissance de l’économie sociale que les autres provinces canadiennes ?

Nancy Neamtan : L’économie sociale est devenue un mouvement identitaire au Québec. Il s’agit d’un mouvement de travail, de débat et d’action. Elle permet de mettre ensemble des initiatives variées : urbaines, rurales, féminines, écologiques, de démocratisation culturelle, etc. Toutes ces initiatives ont quelque chose en commun. La radio coopérative, la coopérative de travail et la garderie font partie d’un tout. On est une société distincte et cela se ressent précisément dans cette cohésion. Nous créons des liens, des lieux de convergence, nous nous dotons d’outils.

Au début du capitalisme, les mouvements du coopératisme et du syndicalisme sont apparus en même temps, par préoccupation sociale. Ils se sont ensuite développés de manière divergente. Les syndicats ont voulu défendre les droits des travailleurs et tenté de limiter les dégâts tandis que les coopératives se sont affairées au développement du territoire.

Avec l’économie sociale, nous arrivons à créer un espace de convergence pour ces deux tendances. Les grandes organisations syndicales comme la Centrale des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ),  la Fédération des femmes du Québec  (FTQ), en plus de groupes autochtones, siègent sur le conseil d’administration du Chantier de l’économie sociale.

Ceci dit, cette cohésion au Québec ne pourra prendre le leadership de l’économie sociale pancanadienne. Nous arrivons cependant à élaborer des partenariats comme celui avec le Forum brésilien de l’économie solidaire. Nous partageons la même vision que les Brésiliens et ce, depuis 2002. Il nous reste à entrer en partenariat avec le Canada anglais.

PIB : Quels sont les « outils » de l’économie sociale au Québec ?

Nancy Neamtan : Par exemple, le milieu de l’économie sociale offre du soutien au pré-démarrage d’entreprises collectives. Depuis 1997, un réseau de petits prêts appelé Réseau d’investissement social du Québec (RISQ) a été mis sur pied. C’est un outil de microcrédit qui démontre des taux de pertes plus faibles que dans le privé.

Grâce à cet outil d’investissement, nous assurons la pérennité des projets… ce que le capital de risque n’est pas prêt à faire. Le RISQ n’attend pas un rendement exclusivement financier. Le capital devait respecter l’entreprise. La Fiducie du Chantier de l’économie sociale est un autre instrument contrôlé par le milieu de l’économie sociale.

PIB : Pour terminer, quel coup de fouet comptez-vous donner pour faire promouvoir l’économie sociale dans les prochaines années ?

Nancy Neamtan : Nous allons poursuivre les investissements par le biais de la Fiducie, nous allons lancer un marché virtuel, comme je le mentionnais et nous allons organiser un grand forum en 2011.

Le Forum international en économie sociale et solidaire au lieu à Montréal entre le 17 et le 20 octobre 2011. Il est organisé par le Chantier, en partenariat avec le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal. Nous pensons que cet événement fait partie des réponses à la crise économique actuelle que ce soit dans les pays du Sud ou dans les pays du Nord.

Propos recueillis par Frédéric Dubois, coordonnateur Web

Tags: billets français · economy

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